Une femme coupable de séquestration | Un influenceur en cryptomonnaie battu à mort dans une « salle de torture »

Ne jamais admettre un crime dans son journal intime. Joanie Lepage n’a manifestement pas réfléchi aux conséquences quand elle a écrit dans un calepin avoir naïvement prêté son sous-sol à une connaissance, qui y aurait battu à mort l’influenceur Kevin Mirshahi, l’année dernière.

Joanie Lepage, 32 ans, a admis jeudi avoir séquestré trois amis de Kevin Mirshahi, l’influenceur en cryptomonnaie retrouvé mort en octobre 2024.

Toxicomane, elle a fait preuve d’aveuglement volontaire en prêtant son sous-sol à une connaissance qui voulait dérober le portefeuille de cryptomonnaie du jeune homme.

À l’insu de Mme Lepage, les malfaiteurs ont transformé l’endroit en véritable salle de torture, où ils ont enfermé Kevin Mirshahi pour le battre à mort.

Des documents judiciaires révèlent les dessous de cette sordide affaire.

Joanie Lepage, 32 ans, a plaidé coupable jeudi à une accusation de séquestration. Elle a admis avoir loué le sous-sol de sa maison mobile à une connaissance, affirmant qu’elle n’avait pas conscience de son projet : enlever l’influenceur Kevin Mirshahi pour dérober son portefeuille de cryptomonnaie.

Une des preuves se trouvait dans son journal intime. « Le 21 juin 2024, 3000 $, prêter mon sous-sol à des gens peut gentils… ? Fuck oui (avec un emoji de bonhomme sourire) XD !!! », a-t-elle écrit dans un carnet retrouvé par les enquêteurs.

Kevin Mirshahi, 25 ans, a été retrouvé mort dans un terrain boisé à Montréal, en 2024. Lui et trois de ses amis avaient été enlevés et séquestrés chez Joanie Lepage, une femme aux prises avec des problèmes de toxicomanie.

Elle n’a jamais vu les victimes et ignorait tout de la mort de l’influenceur.

« Il s’agit d’un cas d’aveuglement volontaire », a expliqué le procureur de la Couronne, Me Patrick Cardinal, au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield.

Battu à mort dans une « salle de torture »

Les documents déposés à l’enquête sur remise en liberté de Joanie Lepage, l’année dernière, détaillent le triste sort réservé à Kevin Mirshahi et aux trois autres victimes. La jeune femme n’a pas admis l’entièreté de cette trame narrative.

Le 21 juin 2024, l’influenceur ainsi que deux femmes et un homme sont enlevés par des inconnus encagoulés et armés. Kevin Mirshahi est en caleçon, affolé.

« Ils l’ont traîné comme une vidange », relate l’une des autres victimes en parlant de l’influenceur, dans un interrogatoire mené par la police.

Les quatre victimes sont conduites, les yeux bandés, au sous-sol de la résidence de Joanie Lepage, située à Les Cèdres, en Montérégie.

Kevin Mirshahi et un ami sont alors enfermés dans une pièce grise et glauque, au plancher jonché de mégots de cigarettes. On y retrouve un bidon d’eau de Javel, des masques protecteurs, une chaise et une corde.

L’influenceur est attaché sur une chaise avec du ruban adhésif. Plusieurs individus se relaient pour le rouer de coups.

« C’était un passage à tabac », confie aux policiers un témoin de l’agression.

Les ravisseurs ont un seul but : s’emparer du portefeuille de cryptomonnaie du richissime influenceur. Ils demandent le code de son téléphone.

Le jeune homme succombe à ses blessures alors qu’il suffoque dans une mare de sang. On l’enroule dans la toile d’un abri Tempo. La salle est ensuite lavée à l’eau de Javel.

Pendant ce temps, les deux femmes kidnappées sont assises dans une autre pièce au sous-sol, où se trouvent un divan, une fournaise en métal et un trou avec de l’eau pour uriner.

Le « boss » du groupe confie à l’une d’elles qu’ils sont « des professionnels. » « Il n’y aura aucun survivant, mais on peut trouver un compromis. Vous êtes les gens kidnappés les plus le fun qu’on a eus ! », dit-il à sa captive.

Joanie Lepage est à l’étage. Elle ne descend jamais au sous-sol, ne croise pas les victimes et ne participe pas aux attaques sur Kevin Mirshahi.

La Sûreté du Québec lancera une enquête quand la disparition de l’influenceur sera signalée, le lendemain de l’enlèvement.

En août 2024, les enquêteurs saisissent un calepin avec l’inscription « Joanie L. », qui est en fait le journal intime de Joanie Lepage.

Les écrits laissent peu de place au doute :

« 72 heures maximum peu pu attendre qu’ils disparaisse et que l’odeur d’eau de Javel parte !!! »

« Le silence est d’or, la parole est d’argent. Ne pose jamais de questions… »

Quelques pages de notes portent la mention « Alibi ».

Joanie Lepage est interrogée par des policiers le 22 août 2024. Elle explique alors ne pas connaître les victimes et se décrit comme « nounoune et naïve ».

« J’ai fait un mauvais choix », dit-elle. Elle avoue avoir des problèmes d’argent et de toxicomanie.

Elle jure ne rien savoir du kidnapping. Elle croyait plutôt prêter son logis pour une affaire de drogue.

Mme Lepage, défendue par Me Patrick Davis, retournera au palais de justice de Salaberry-de-Valleyfield en janvier prochain. Trois autres hommes ont été accusés dans le dossier de Kevin Mirshahi et sont en attente de procès dans cette affaire.